23h30 – on disjoncte tout
La maison est noire. Je laisse les volets ouverts pour profiter de l’éclairage public (nucléaire). J’ai ressorti la petite lanterne métal et verre où l’on met une petite bougie plate, mais elle éclaire moins que la torche à LED et à manivelle.
4h30 – je descends vérifier le congélateur : il est remonté à -13°C. Ca craint. Tant pis, je le rejoncte. Première leçon : le congélateur ne résisterait pas à une coupure de courant de 24 heures en été.
7h00 – le soleil rentre dans la chambre. Comme d’habitude, mais là c’est encore plus agréable.
7h30 – la seule différence avec d’habitude, c’est qu’il faut des allumettes pour allumer le gaz pour l’eau chaude de mon thé. Et il fait sombre dans le frigo. Au passage, je décide de convertir en fromage blanc les deux litres de lait frais qui restent, pour qu’il ne se perde pas. Hop dans l’autocuiseur, j’arrête le feu quand le lait est à 30 degrés, je mets 8 gouttes de présure, je ferme, et on verra demain. Le reste du frigo pourra bien patienter.
12h00 – je l’avoue, j’avais prévu de travailler à des trucs qui ne demandent pas d’électricité. A midi, je rebranche internet quelques minutes, juste le temps de vérifier qu’il n’y a pas de messages téléphoniques urgents, puis je redébranche. De toute façon, la consommation occasionnée ne se verra pas, comparé au congélateur qui tourne.
17h00 – une averse orageuse approche. L’avantage de ne rien avoir de branché, c’est que je peux tranquillement laisser tonner sans m’inquiéter pour les délicats appareils électroniques.
20h00 – je rentre du jardin. La maison est très sombre. Heureusement qu’il refait beau : je mange dehors.
21h00 – il fait encore jour dehors, mais il fait complètement nuit dedans. Je rallume la lanterne à bougie pour une petite toilette (avec l’eau chaude nucléaire qui reste d’hier).
22h00 – dodo.
05h00 le lendemain – relevé du compteur. Il y a +1 kWh en heures pleines et +0 kWh en heures creuses. Autrement dit, en tenant compte des effets d’arrondi, ma consommation sur 24 heures (congélateur essentiellement) est entre 1 et 3 kWh. Donc la puissance moyenne (de mon congélateur) était entre 42W et 125W.
A titre de comparaison, notre consommation habituelle est de 900 kWh par mois, soit 30 kWh par jour. J’ai donc réussi une réduction d’au moins 90%. Cela dit, les 30 kWh m’étonnent (c’est pas glorieux – sans chauffage électrique ni sèche-linge, la faute au chauffe-eau électrique et probablement au vieux frigo combiné). L’opération diagnostic wattmètre s’impose.
En espérant que la journée sans nucléaire aura été profitable à tous ceux qui auront tenté l’expérience autant qu’à moi…
C’est parti pour 24h sans électricité. A demain pour un compte-rendu et de nouveaux éléments de réflexion.
Pour ne pas devoir ramper derrière les meubles et tout débrancher à la main, le mieux c’est d’aller au tableau électrique et de disjoncter toute la maison, ou bien de disjoncter sélectivement les différents circuits si on veut garder le frigo ou le téléphone ou quelques lumières.
Il y aura silence radio sur ce site jusqu’à demain, après quoi on reprendra la discussion pour élargir la réflexion au reste de l’année.
Je l’avoue, je ne suis pas du tout motivé pour laisser tomber le lave-linge. Certes, on a pris l’habitude de laver son linge un peu trop souvent, pour la moindre tache et la moindre odeur. Cependant, si l’on devait retourner au lavoir ou à la rivière, il y fort à parier que l’on tomberait dans l’excès inverse tant ce labeur est ingrat (même à plusieurs). Il en résulterait probablement des soucis d’hygiène individuelle qui se combineraient en problèmes de santé publique.
Comme le lave-vaisselle, le lave-linge consomme surtout parce qu’il doit chauffer l’eau. Un lave-linge à double arrivée d’eau permet d’utiliser l’eau chaude du chauffe-eau solaire ou de la chaudière à bois donc d’apaiser grandement l’appétit électrique de la machine, si bien que faire sa lessive à la main n’aurait pas vraiment d’intérêt. Le reste du cycle n’utilise que de la puissance mécanique pour tourner et retourner le linge. Si on était réduit à vivre sans électricité, on pourrait probablement même fournir cette énergie avec un pédalier de vélo. L’essorage est un moment qui réclame un peu plus de puissance, mais c’est de loin le système le plus efficace pour diminuer le temps de séchage sans trop abîmer le linge (songez que dans le temps on tordait le linge ou on le battait). Avec un essorage à 1600 tours/minute, de nombreux vêtements sortent tellement quasi-secs qu’ils sont secs aussi vite que dans un sèche-linge.
En attendant d’avoir le chauffe-eau solaire, la machine à double arrivée d’eau et l’essorage à 1600 tours, on peut s’organiser pour limiter le nombre de lessives le plus possible. Virer le sèche-linge est une très bonne incitation, puisqu’on est obligé de repenser la gestion du linge pour éviter de crouler sous le linge "sale". Rien qu’en ayant une tenue dédiée au temps libre chez soi et une autre dédiée aux travaux salissants, on évite d’organiser un turnover permanent de fringues qui se retrouvent au panier le lendemain du jour où on les sort du tiroir. Et si on a de jeunes enfants, il faut arrêter de regarder les catalogues de mode où les gamins sont toujours impeccables ; quand on relativise les taches sur les pantalons, on s’économise un paquet de lessives.
Les équipements électroniques grand-public ne sont pas un poste de consommation majoritaire, mais malheureusement, c’est l’un des postes qui a augmenté le plus vite ces dernières années. La faute principalement aux grandes télés à écran plat, aux ordis et aux modems haut-débit. Il ne faut pas que les efforts de sobriété d’un côté soient anéantis de l’autre par une frénésie de consommation.
Ce n’est pas tant que ces appareils consomment tellement quand ils fonctionnent (en tout cas nettement moins qu’un lave-vaisselle, par exemple), mais comme on les laisse allumés quasi tout le temps et en veille le reste du temps, ça fait beaucoup en fin de compte.
En tant que geek qui s’assume, je ne suis pas de ceux qui pensent que les ordis et internet sont une vaste bêtise et qu’ils n’apportent rien de nouveau. Certes, 80% de ce qu’on fait sur internet est probablement parfaitement inutile, mais je suis convaincu qu’internet porte le germe d’une mutation profonde de l’intelligence collective, et pourrait jouer un rôle similaire à celui joué il y a cinq siècles par l’avènement de l’imprimerie. Je serais prêt à énormément de sacrifices pour pouvoir garder cette possibilité de contact avec le savoir, avec l’information, avec le monde entier, surtout si les transports deviennent de plus en plus chers à mesure que les combustibles fossiles se raréfient.
Il faut savoir que la consommation électrique d’un ordinateur en fonctionnement a beaucoup chuté ces dernières années. Un ordinateur portable consomme maintenant aux environs de 20W tant qu’on ne fait pas trop chauffer le processeur avec de gros jeux ou du multimédia. Vingt watts, ça pourrait très bien se faire avec le pédalier d’une vieille table Singer et un alternateur.
En fait, le bilan de consommation électrique de l’ordi se joue surtout lors de la fabrication (en particulier celle des puces électroniques et des écrans LCD). Ainsi, la première démarche de sobriété consiste avant tout à garder un PC aussi longtemps que possible, d’autant qu’il faut aussi songer au devenir des déchets électroniques. Mon portable a 6 ans, il tourne impeccablement sous Linux et je compte bien le garder encore quelques années même si l’écran ne tient plus guère que par un grand mystère et deux équerres en bois.
Pour aller plus loin, il est assez facile de réduire encore la consommation en éteignant le PC plutôt que de le laisser allumé (la veille prolongée permet d’éteindre complètement sans perdre sa session de travail). On peut alors éteindre la prise multiple qui dessert l’ordi, l’imprimante, l’écran, les haut-parleurs, etc., ce qui économisera quelques watts inutiles de veille et protègera vos équipements des orages ou des microcoupures.
Le piège des abonnements adsl dégroupés, c’est qu’il faut laisser la "box" allumée 24h/24 si on ne veut pas que les appels téléphonique nocturnes finissent dans la boîte vocale. Mais si on transfère les appels vers le mobile, on peut vraiment tout éteindre quand on n’est pas chez soi ou quand on est au lit.
Quant à la télé, la meilleure chose à faire, c’est de ne pas en avoir. En refermant la petite lucarne, on s’ouvre de nouveaux horizons de temps libre et de nouvelles perspectives sur le monde (surtout avec internet). A défaut, si on veut un grand écran pour la convivialité d’un match de foot entre amis ou d’un DVD en famille, on peut privilégier un vidéoprojecteur : il consomme à peine davantage en fonctionnement, mais surtout comme on veut économiser la lampe, on ne l’allume que pour les choses qu’on veut vraiment regarder. Enfin si on a déjà l’écran plasma, au moins on le branche ainsi que le reste de la hi-fi sur une prise multiple avec un gros interrupteur bien accessible pour tout déconnecter dès qu’on a fini l’émission.
L’éclairage, c’est historiquement l’utilisation phare de l’électricité dans la sphère domestique. Avant l’arrivée de la fée electricité, à part dans certains appartements bourgeois reliés au gaz de ville, on s’éclairait à la lampe à pétrole. Avant ça, c’était l’huile de baleine, et encore avant ça, la bougie à la graisse de boeuf ou de mouton. Les chandelles à la cire d’abeille étaient un luxe réservé aux aristocrates.
Autant dire qu’avant l’électricité, l’éclairage domestique était anecdotique et on n’avait pas tellement d’autre choix que de se lever avec le jour et se coucher avec les poules. A ce titre, l’éclairage artificiel électrique semble une victoire flamboyante qui a permis d’étirer le jour qui rythmait la condition paysanne et de se coucher tard comme les aristocrates.
Mais revenons à aujourd’hui : avec les ampoules basse-consommation, le poste éclairage est en passe de devenir si minoritaire qu’à part éviter d’illuminer sa maison comme un palais princier et ne pas laisser allumé en sortant d’une pièce, on ne voit pas trop l’intérêt qu’il y aurait à faire des efforts de sobriété majeurs sur l’éclairage et vouloir revenir à la bougie. Avec le risque d’incendie, le jeu n’en vaut certainement pas la chandelle.
Cela dit, il y a un autre argument qui pourrait inciter à moins s’éclairer, ou plus exactement à s’éclairer moins tard : la santé publique. En effet, certaines études montrent que notre temps moyen de sommeil a été réduit de presque deux heures en moins de cent ans, passant de neuf heures à sept heures, principalement à cause de l’éclairage artificiel, puis à cause de la télévision. Le résultat, c’est que l’essentiel de la population est en état de retard de sommeil chronique, combattu à coup de café. On sait à quel point un enfant fatigué peut devenir pénible, et le même mécanisme est aussi à l’oeuvre chez les adultes. Donc on peut aisément imaginer que la société pourrait être moins morose et moins agressive si chacun se couchait plus tôt. De plus, ce manque de sommeil est devenu un vrai souci de santé publique, de nombreuses affections étant directement ou indirectement liées à cette fatigue généralisée.
Et par ailleurs, cette fatigue rend chacun plus sensible au stress et au moindre inconfort. Or si l’on regarde la consommation d’électricité, une bonne partie correspond à une demande de confort. Si on dort chaque nuit tout son saoûl, on tolère des niveaux de confort bien plus modestes. Ce qui se traduit mécaniquement par une réduction de la demande d’électricité (chauffage, eau chaude, etc.).
Tout ça pour dire que la journée sans nucléaire du 26 avril sera une bonne occasion de (re)découvrir tout le bonheur qu’il y a à se coucher avec les poules.
Le style de vie occidental a été forgé par la frange aristocratique. Chacun aspire inconsciemment à un train de vie princier, et la vaisselle ne fait pas exception. Au lieu de s’en tenir au vrai besoin avec par personne une écuelle, un gobelet, une cuillère et une paire de baguettes, on fait tourner le ou les services douze couverts, on change d’assiette avant le dessert, on met toujours des couteaux et des fourchettes sur la table quand souvent une cuillère suffirait.
Ainsi, le moindre repas entasse la vaisselle sale. Comme on n’a pas les domestiques qui vont avec ce style de vie, c’est à soi de s’y mettre. Et comme on est parfois pressé ou fatigué, on s’y met rarement de suite.
Or s’il suffit d’une giclée d’eau tiède, d’une goutte de savon et d’un coup d’éponge quand l’assiette sort tout juste de table, il faut en revanche un plein bac d’eau bien chaude, une bonne dose de produit et pas mal d’huile de coude quand on a laissé la saleté sécher.
Tant qu’on salira autant de vaisselle que des seigneurs, la corvée de vaisselle restera un travail de serf, avantageusement délégué à une machine. Mais on peut réinventer une gestion parcimonieuse de la vaisselle pour rendre la tâche bien plus légère. J’ai déjà expérimenté avec un certain succès lors de deux épisodes de déboires électromécaniques qui nous ont laissés plusieurs semaines sans lave-vaisselle. Quand ma vieille machine nous lâchera définitivement, voilà ce que je m’apprête à faire :
- Ne laisser en circulation qu’un verre, un bol, une assiette et un jeu de couverts par personne (le reste ne servira que lorsqu’on aura du monde) – ainsi on ne risque pas de voir la vaisselle sale s’entasser puisqu’il faudra bien la faire avant le repas suivant.
- Faire la vaisselle en sortant de table – chacun son assiette dans la mesure de ses compétences psychomotrices.
- Ranger cette vaisselle de tous les jours dans un râtelier-égouttoir à portée de main de l’évier. A peine lavé, déjà rangé.
- Ca ne change rien pour les poêles, les casseroles et les plats, lesquels je lave déjà à la main pour leur épargner l’épreuve du lave-vaisselle.
- Au final, ça me prend moins de temps que de remplir et vider la machine.
Mon but n’est pas tant d’économiser l’électricité que de gagner de la place à la cuisine et de simplifier la vie de tous les jours.
Côté économie d’électricité, il faut savoir que l’essentiel de l’énergie consommée dans un cycle de lave-vaisselle (environ 1.5 kWh) sert à chauffer l’eau. Si l’eau chaude de l’évier est aussi chauffée à l’électricité, il n’y a donc rien à gagner à faire sa vaisselle à la main, sachant qu’il faut pas mal de discipline pour arriver à être aussi économe en eau que la machine. Là où on gagne, c’est que si on doit la laver à la main, on fait plus attention à la quantité de vaisselle qu’on salit.
Cela étant, quand le chauffe-eau solaire se sera généralisé et que le lave-vaisselle sera branché sur l’arrivée d’eau chaude, alors la consommation sera probablement suffisamment modeste pour être compatible d’une production d’électricité renouvelable.