[J-6] Peut-on vivre sans frigo ?
Probablement oui, en tout cas jusqu’à ce qu’il soit inventé…
Trêve de blagues. Si on en arrive à se poser la question du frigo, c’est qu’on s’est déjà attelé à celle du chauffage électrique et de l’eau chaude nucléaire, ce qui est considérable puisque ça représente environ les deux tiers de la consommation des ménages français. Une fois qu’on en est là, le prochain sur la liste, c’est le frigo, et son cousin le congélo, tous deux allumés en permanence. Un gros et vieux frigo consomme peut-être 500kWh par an, c’est à dire à peu près comme une ampoule à incandescence de 60W qu’on n’éteindrait jamais. S’il est récent et raisonnablement économe, il consomme environ 200 kWh par an, à peu près comme un ordinateur portable. C’est 15 fois moins que l’eau chaude. Avec les progrès déjà réalisés sur l’efficacité énergétique, un petit frigo parfaitement isolé sera probablement compatible d’un monde de renouvelables. Mais si on préfère qu’il n’y ait pas deux milliard de frigos dans le monde (jetés tous les 15 ans), il serait normal d’essayer de s’en passer.
J’ai l’impression que quand on habite à deux pas des commerces dans un centre-ville bien achalandé, ça doit pouvoir se faire sans trop de difficultés. Et si on est végétarien, on n’a même pas besoin d’aller voir le boucher. En fait, à part la viande, le lait et les plats préparés, il n’y a pas tant de denrées qui ne supportent pas de rester deux ou trois jours à température ambiante.
A la campagne, si on a un jardin et qu’on n’est pas fan de viande, c’est aussi faisable : l’été, les légumes se conservent sur pied, et l’hiver au cellier. Le lait, on l’achète frais à la ferme. Pour le reste, on a des sacs de farine, de haricots, de riz, de pâtes ; on peut faire des salaisons, des conserves, des fruits séchés ; et on cuisine. C’est sûr que sans frigo on cuisine davantage (et quand je dis "on", je m’adresse aux messieurs autant qu’aux dames, sinon laissez tomber l’idée). Heureusement la cuisine est plus grande une fois virée la moche armoire en plastique –et tellement plus silencieuse. J’imagine que c’est une expérience qui se tente — il vaut peut-être mieux commencer en hiver pour prendre le pli avant que les températures estivales sanctionnent les erreurs de débutant. Quant au congélo, on peut parfaitement s’en passer, ou le mettre dans un local non chauffé et s’en servir essentiellement d’octobre à décembre pour stocker temporairement les récoltes d’automne le temps de faire les bocaux (et le reste du temps comme un coffre anti-rongeurs).
En revanche, si on n’a ni l’épicier ni le potager à portée de vélo, il vaut peut-être mieux un frigo qu’un trajet quotidien en voiture pour acheter des portions individuelles à Auchan.
Ce qu’on peut faire dans tous les cas si on doit remplacer un frigo en fin de carrière, c’est choisir un modèle très économe, quitte à ce qu’il soit petit, et y mettre le minimum vital, quitte à changer progressivement ses habitudes alimentaires.
La question du frigo et surtout celle du congélo se poseront mardi 26 avril prochain si on veut débrancher toute la maison. On peut en profiter pour faire un grand dégivrage ou bien un test d’autonomie du congélateur. Mais on peut aussi faire une exception pour ne pas laisser perdre cette nourriture qui a coûté avant l’achat bien plus d’électricité que ce qu’on pourra économiser en débranchant le frigo pendant une journée.