[J-4] La vaisselle à la main, version 2.0
Le style de vie occidental a été forgé par la frange aristocratique. Chacun aspire inconsciemment à un train de vie princier, et la vaisselle ne fait pas exception. Au lieu de s’en tenir au vrai besoin avec par personne une écuelle, un gobelet, une cuillère et une paire de baguettes, on fait tourner le ou les services douze couverts, on change d’assiette avant le dessert, on met toujours des couteaux et des fourchettes sur la table quand souvent une cuillère suffirait.
Ainsi, le moindre repas entasse la vaisselle sale. Comme on n’a pas les domestiques qui vont avec ce style de vie, c’est à soi de s’y mettre. Et comme on est parfois pressé ou fatigué, on s’y met rarement de suite.
Or s’il suffit d’une giclée d’eau tiède, d’une goutte de savon et d’un coup d’éponge quand l’assiette sort tout juste de table, il faut en revanche un plein bac d’eau bien chaude, une bonne dose de produit et pas mal d’huile de coude quand on a laissé la saleté sécher.
Tant qu’on salira autant de vaisselle que des seigneurs, la corvée de vaisselle restera un travail de serf, avantageusement délégué à une machine. Mais on peut réinventer une gestion parcimonieuse de la vaisselle pour rendre la tâche bien plus légère. J’ai déjà expérimenté avec un certain succès lors de deux épisodes de déboires électromécaniques qui nous ont laissés plusieurs semaines sans lave-vaisselle. Quand ma vieille machine nous lâchera définitivement, voilà ce que je m’apprête à faire :
- Ne laisser en circulation qu’un verre, un bol, une assiette et un jeu de couverts par personne (le reste ne servira que lorsqu’on aura du monde) – ainsi on ne risque pas de voir la vaisselle sale s’entasser puisqu’il faudra bien la faire avant le repas suivant.
- Faire la vaisselle en sortant de table – chacun son assiette dans la mesure de ses compétences psychomotrices.
- Ranger cette vaisselle de tous les jours dans un râtelier-égouttoir à portée de main de l’évier. A peine lavé, déjà rangé.
- Ca ne change rien pour les poêles, les casseroles et les plats, lesquels je lave déjà à la main pour leur épargner l’épreuve du lave-vaisselle.
- Au final, ça me prend moins de temps que de remplir et vider la machine.
Mon but n’est pas tant d’économiser l’électricité que de gagner de la place à la cuisine et de simplifier la vie de tous les jours.
Côté économie d’électricité, il faut savoir que l’essentiel de l’énergie consommée dans un cycle de lave-vaisselle (environ 1.5 kWh) sert à chauffer l’eau. Si l’eau chaude de l’évier est aussi chauffée à l’électricité, il n’y a donc rien à gagner à faire sa vaisselle à la main, sachant qu’il faut pas mal de discipline pour arriver à être aussi économe en eau que la machine. Là où on gagne, c’est que si on doit la laver à la main, on fait plus attention à la quantité de vaisselle qu’on salit.
Cela étant, quand le chauffe-eau solaire se sera généralisé et que le lave-vaisselle sera branché sur l’arrivée d’eau chaude, alors la consommation sera probablement suffisamment modeste pour être compatible d’une production d’électricité renouvelable.